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Ouvrages d’auteurs d’Études freudiennes
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Journées d'Études freudiennes à Toulouse
La plainte
Samedi 20 et dimanche 21 septembre 2003
Salle du Sénéchal 17, rue de Rémusat

Programme - Bulletin d'inscription

Argument

Comme à l’accoutumée, nos quatrièmes journées d’études à Toulouse ne comporteront qu’un petit nombre d’exposés, quatre en l’occurrence, une large place étant faite aux débats auxquels ils donneront lieu. La journée du samedi aura pour objet

1. La plainte dans la situation analytique

La communication d’Éliane Perasso, suivie d’une discussion fera office d’entrée en matière. Dans certains cas, du fait qu’elle a aussi une pratique de la psychanalyse, une avocate est à même d’assurer avec un succès particulier la défense de ses clients, en matière de droits de la personne.

Les communications de Jean Allouch et de Conrad Stein, suivies d’une table ronde, nous permettront d’entrer dans le vif du sujet.

La plainte, on le sait, se présente sous des formes et en des occasions les plus diverses et tout un chacun est exposé à s’y trouver confronté. Elle suscite habituellement un certain malaise et, dès lors qu’elle s’emballe dans une interminable répétition, celui qui émet la plainte se voit qualifié de pleurnicheur et devient de plus en plus importun, d’autant que le véritable motif de ses doléances paraît souvent énigmatique et qu’en tout état de cause, on ne saurait lui porter le secours qu’il paraît solliciter. Mais serait-il donc possible de se plaindre pour rien ?

La situation analytique est de sorte que, du seul fait de la mise en œuvre du protocole qui régit les séances, des plaintes ne manquent pas de s’y faire entendre de manière répétitive. Tout patient en vient tôt ou tard à se plaindre de ne pouvoir réaliser ses rêves, ses désirs, ses projets, et aussi – alors que jusque-là il le tenait pour infaillible – à reprocher à son psychanalyste son indifférence, son silence, sa prolixité, le manque de pertinence de ses propos…

Le psychanalyste accorde-t-il une certaine importance aux plaintes de son patient ? Dans le transfert, les plaintes de ce dernier ne sont elles pas fondées ? N’apparaît-il pas, au terme de la construction dans l’analyse, qu’elles sont représentatives de celles de l’enfant toujours présent qui a jadis subi une blessure restée vive ? Voilà, parmi bien d’autres, des questions susceptibles de donner lieu à controverse.

2. La voix de la plainte dans l’expression littéraire de la Chine classique

La communication de Rainier Lanselle, suivie d’une discussion, fera l’objet de la matinée du dimanche.

« Je ne pleure pas sur mon sort et mes pieds amputés, dit He, je pleure sur ce jade précieux qu'on qualifie de pierre, sur ce serviteur loyal qu'on prend pour un homme qui parle comme un insensé. » Voilà l’expression la plus emblématique de l’extrême prégnance de la plainte, et des formes qu'elle prend, dans la tradition de la Chine classique. Cette longue voix de la plainte que recueille la tradition chinoise a toujours foncièrement à voir avec ce thème ; c’est d'ailleurs pourquoi on la retrouve, par son envers, dès le propos inaugural des Entretiens de Confucius : « Le Maître dit : […] Ne pas être reconnu et ne pas en éprouver de ressentiment, n’est-ce pas le fait de l’homme de bien ? ».

On trouvera ci-dessous un large extrait du passage du Han Feizi connu sous le nom de « Le jade de He ».

Le jade de He

Il y avait un homme de Chu, du clan He, qui, dans les montagnes de Chu, découvrit un jade brut. Il en fit l'offrande au roi Li. Le roi Li ordonna à son lapidaire de l'examiner. Le lapidaire dit : « Ce n'est qu'un caillou ». Le roi, estimant que He l'avait trompé, le condamna à avoir le pied gauche coupé.

Lorsque le roi Li mourut, le roi Wu lui succéda sur le trône. He se rendit auprès de ce prince pour lui faire l'offrande du même jade. Le roi Wu le fit examiner par son lapidaire. Celui-ci dit : « Ce n'est qu'un caillou ». Le roi, estimant, comme le précédent, que He était venu le tromper avec des affabulations, le condamna à avoir le pied droit coupé.

Lorsque le roi Wu mourut, ce fut au tour du roi Wen de lui succéder sur le trône.

Son jade serré sur son sein, He se lamentait au bas des monts de Chu. Il pleura trois jours et trois nuits, et quand il eut épuisé ses larmes, ce fut du sang qui leur succéda.

Ce qu'apprenant, le roi le fit interroger pour connaître la cause de cela : « Ils sont nombreux pourtant sous le ciel, ceux qui ont dû subir le châtiment de l'amputation des pieds : qu'est-ce donc qui te cause ce tourment où l'on te voit ? »

– Je ne pleure pas sur mon sort et mes pieds amputés, dit He, je pleure sur ce jade précieux qu'on qualifie de pierre, sur ce serviteur loyal qu'on prend pour un homme qui parle comme un insensé : voilà ce qui cause ma peine.

Alors le roi ordonna à son lapidaire de polir ce jade, et ce qu'il obtint fut un trésor de prix. On lui donna le nom de Jade de He
[…]

Extrait du Han Feizi
Traduction Rainier Lanselle

 
 
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